Echopolitique

Ne pas faire de politique, c'est faire la politique de ceux qui nous imposent la leur.

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Eurobéats, les idiots utiles du lobby bancaire

Posted by echopolitique sur 11 mai, 2010

Trichet, Merkel tout à leur bonheur de sauver l'euro

Trichet, Merkel tout à leur bonheur de sauver l'euro

Tirant les conclusions de l’exemple grec et de la situation budgétaire catastrophique des autres pays de la zone euro, les pays européens ont négocié, dimanche, la mise en place d’un plan de secours pouvant atteindre 750 milliards d’euros. Dans un premier temps, la Commission pourra lever 60 milliards sur les marchés avec la garantie des Etats, puis consentir des prêts aux Etats européens qui le demanderaient. Dans un deuxième temps, les Etats membres de la zone euro vont créer une société chargée d’emprunter sur les marchés et lui apporter leur garantie (88 milliards pour la France !) fin qu’elle puisse emprunter jusqu’à 440 milliards et les prêter ensuite aux pays en difficulté afin « préserver la stabilité financière de l’Europe » comme ils disent. Et le FMI pourra faire de même pour 250 milliards. Au passage, on notera que, sans que cela ne choque personne, la Commission européenne aura désormais le droit d’emprunter sur les marchés avec la garantie des Etats…Pour l’instant, la Commission européenne gérait des fonds apportés par les Etats membres mais grâce au traité de Lisbonne (article 122.2), elle peut emprunter directement en son nom. Pour faire bonne mesure, les dirigeants européens ont accepté l’idée de faire tourner la planche à billets et ont fait avaler la couleuvre à J-C.Trichet (l’indépendant qui déclarait il y a encore quatre jours, qu’une telle mesure était hors de question…), c’est-à-dire que la Banque centrale européenne achètera de la dette grecque ou espagnole et créera en contrepartie de la monnaie. En gros, tout sera fait et même au-delà pour sauver l’euro…mais malgré ça, les déficits restent et la dette continuera d’augmenter.

Ce plan gigantesque est à vrai dire, un nouvel épisode de la « privatisation des profits, socialisation des pertes ». En effet, les dirigeants européens, en mettant en place ce plan, ont assuré aux banques et autres créanciers des Etats qu’ils seront remboursés in fine par les contribuables qui se substitueront en dernier ressort aux banques. Sans oublier, bien entendu, que les banques toucheront des intérêts plus élevés pour les pays risqués…sans qu’elles n’aient à assumer le risque. Ce mécanisme est un simple racket des contribuables par le lobby bancaire puisque les banques empruntent à la BCE à 0,5%, prêtent aux Etats à 3% minimum et désormais ne supportent plus aucun risque de voir leurs créances non remboursées. D’ailleurs, les marchés ont salué, comme il se doit, ce sauvetage organisé des banques du risque souverain avec des augmentations faramineuses des bourses et plus particulièrement des valeurs bancaires (+20% minimum pour les bancaires françaises qui étaient les plus exposées).

Cela repose la question des emprunts d’Etat et de l’interdiction faite aux banques centrales d’acheter les dettes d’Etat sans taux d’intérêt, depuis 1973 par Giscard. Il faut savoir que depuis 1981, la France a payé plus d’intérêts sur la dette aux banques que l’augmentation de la dette elle-même, ce qui veut dire que si comme avant 1973, la France ne remboursait que le capital de sa dette et ne payait pas ces intérêts aux banques, nous aurions réduit notre dette ces 30 dernières années. Je connais les objections des économistes sur la monétisation des dettes et les effets inflationnistes encourus mais avec une gestion rigoureuse du budget et des taux d’intérêt, il est possible d’éviter ce risque inflationniste sans payer des milliards aux banques pour rien. Mais cela est un autre débat…qu’il faudra bien un jour rouvrir tant ce qui se passe actuellement est scandaleux.

Pour revenir à notre sujet, encore une fois les eurobéats sont les idiots utiles des lobbys qui jouent contre l’intérêt général européen. Comme au tournant de la construction européenne, marqué par l’entrée de l’Angleterre, où les eurobéats nous disaient que cela permettrait de faire une Europe puissance alors que cela était la fin même de cette idée ; comme au moment de la création de la Commission européenne qui devait permettre de mettre en place une politique européenne alors qu’elle a simplement permis au marché d’imposer sa logique à tout le Continent ; comme au moment de Maastricht et de la monnaie unique qui devait permettre d’obtenir croissance et stabilité en zone euro alors que l’expérience nous prouve que c’est la mort économique à petit feu qui nous guette ; comme au moment des élargissements successifs faits à la va-comme-je-te-pousse pour des fins strictement politiques qui empêchent tout approfondissement sérieux (manque d’approfondissement qu’ils estiment aujourd’hui, cause de la crise européenne). Pendant ce temps-là, on attend toujours la réglementation bancaire qui permettrait d’assainir le système financier, de séparer les activités de banque de détail et de banque d’investissement, de casser le « too big to fail », de limiter la spéculation sur les marchés dérivés et le marché des matières premières, d’empêcher la spéculation pour compte propre des banques (80% des résultats de Goldman Sachs), d’organiser la faillite des banques… Plutôt que de s’intéresser à ces bricoles, on va donc emprunter pour prêter et quant à ceux qui ont déjà prêté, on les remboursera en créant de la monnaie tout exprès, ce qui leur permettra, qui sait de prêter à nouveau aux mêmes en empochant au passage les intérêts ! Madoff, petit bras !

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Grèce : 17 milliards jetés par la fenêtre…

Posted by echopolitique sur 6 mai, 2010

Qui prêtera au Portugal, à l'Espagne et la France pour qu'ils prêtent à la Grèce ? Et à combien ?

Qui prêtera au Portugal, à l'Espagne et la France pour qu'ils prêtent à la Grèce ? Et à combien ?

Le plan de sauvetage de la Grèce a été finalisé le week-end dernier entre l’Union Européenne, le FMI et la Grèce. Les pays européens et le FMI apporteront 110 milliards d’euros dans les 3 ans ce qui permettra à la Grèce de ne pas faire appel aux marchés financiers pendant environ 18 mois. En échange, la Grèce s’engage à mettre en place un plan d’austérité drastique qui permettra d’économiser 11 points de PIB en 3 ans. La partie française de ce plan (17 milliards sur 3 ans à 5%) a été approuvée par la grande majorité des parlementaires dans la nuit de lundi à mardi.

Comme d’habitude, dès qu’un sujet concerne l’Europe, la gauche et la droite se retrouvent dans une belle unanimité qui est bien souvent celle du renoncement. Alors bien sûr, la gauche mâtine son soutien de discours sur l’Europe sociale (dont aucun autre pays européen ne veut) tandis que la droite nous vante l’Europe qui crée de la croissance et protège (de quoi, on se le demande…), les deux n’hésitant pas à engager 1% du pib français sur trois années !  Les mêmes arguments ou plutôt les mêmes mensonges qu’en 2005 pour le TCE, qu’en 1992 pour le traité de Maastricht, qu’en 1955 pour Rome…Heureusement qu’il y avait le député Nicolas Dupont-Aignan pour faire entendre une voix dissonante à l’Assemblée Nationale en rappelant que la situation actuelle n’est que la conséquence de deux décennies d’euro, cet aventurisme de la monnaie unique comme le disait déjà Philippe Seguin en mai 1992 dans son discours pour la France, aventurisme qui privilégie l’idéologie fédéraliste sur les réalités européennes.

Le pire est que le plan de sauvetage à la Grèce et le plan d’austérité qui lui est adjoint n’auront aucun effet réel sur l’économie grecque, sauf celui de faire mourir en bonne santé ce pays. D’ailleurs, les marchés ne croient pas au package grec, en témoigne la panique à laquelle nous assistons depuis lundi. En effet, on va peut-être assurer à la Grèce le financement de sa dette pour quelque temps mais en aucun cas la Grèce n’aura la capacité de rembourser sa dette ; il ne sert à rien de vouloir éviter l’inévitable car la charge d’intérêts que devra payer chaque année ce pays sur sa dette publique, sera supérieure à sa croissance économique. Or, pour rembourser, il faut générer des rentrées financières, mais avec le plan d’austérité, on est en train de tuer le moteur interne et sans dévaluation, on ne relance pas le moteur externe. Je ne suis pas en train de dire que la Grèce doive continuer à faire la cigale mais un plan d’austérité sans dévaluation, c’est comme jeter l’argent par les fenêtres. Aucune leçon de l’Histoire n’a été retenue : Argentine dans les années 2000, crise asiatique dans les années 1990 et encore plus loin le plan Laval en 1935. La politique de déflation ne peut pas fonctionner sans dévaluation.

Mais pour qu’il y ait dévaluation, encore faudrait-il que cela soit possible. Or avec l’euro-fort dirigé par l’Allemagne, aucune chance. Les allemands sont obnubilés par la valeur de leur précieux mark devenu euro, qui est la garantie d’un niveau de retraite confortable pour un peuple vieillissant. Sauf à organiser une sortie de la Grèce de l’Euro (ou de l’Allemagne…). En attendant, les européens devront remettre au pot dans deux ans, trois ans et tant qu’une croissance forte et durable ne sera pas assurée, la crise de la dette eurolandaise se prolongera et c’est toute la zone euro qui sera attirée dans le gouffre, entrainant avec elle toute la construction européenne vers un échec historique.

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