Echopolitique

Ne pas faire de politique, c'est faire la politique de ceux qui nous imposent la leur.

La démocratie, pour canaliser la violence

Posted by lolik11 sur 24 février, 2011

Karl Popper qui était un malin, s’était intéressé entre autres, aux conséquences des élections démocratiques pour les approuver. Il définissait la démocratie  « non comme la solution pour choisir le meilleur chef d’Etat, mais comme le moyen de s’en débarrasser à date fixe, sans violence ».

Au moment où le Maghreb paie au prix fort le départ de ses dictateurs, cette idée pourrait faire son chemin.

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L’aveu

Posted by lolik11 sur 20 février, 2011

Au détour d’une itv [1], l’aveu aura été prononcé cette semaine, par Alain Juppé. A la question « Etes-vous favorable au contrôle des budgets par la Commission européenne avant leur vote par les Parlements nationaux ? » Il fera cette réponse, dont il n’aura sans doute pas mesuré la portée : « C’est une révolution que j’approuve sans réserve. On est allé trop loin dans la construction européenne, pour ne pas aller plus loin encore. » Pour justifier ce propos, il ajoutera même : « Si l’euro disparaissait, c’est l’Europe qui disparaitrait. Tout alors deviendrait possible, y compris le pire ».

Mon propos, ici, ne porte pas sur l’extension des pouvoirs de la Commission européenne, à laquelle je ne suis absolument pas favorable puisqu’au contraire je souhaite rétablir la souveraineté nationale. C’est bien évidemment dans la raison qu’il fournit à son approbation que je vois la preuve de l’erreur de sa position. Raison qu’il fournit de façon surprenante, sans aucune réticence et dont l’expression naïve est tout simplement renversante !

Elle s’apparente tout à fait, à ce qui est appelé « le processus de validation collective de l’aberration » dans la sociologie des erreurs radicales et persistantes. [2] Dans ce processus, le silence sur les désaccords et la persévérance dans l’erreur sont deux mécanismes qui se renforcent : on persiste parce qu’il devient de plus en plus difficile de dire qu’il ne faut pas persister, tant pour ne pas affaiblir le groupe auquel on appartient que pour ne pas s’en exclure.  D’autant que dans ce genre de décision politique, ce qui est recherché n’est pas la bonne solution, mais l’adhésion. Or ces décisions sont potentiellement absurdes parce qu’on peut tout faire au nom de la mobilisation. Et dans cette perspective, mieux vaut une décision absurde qui suscite l’adhésion collective plutôt qu’une bonne solution sans soutien !

On est ici dans l’expression dramatique destinée à nous faire croire « qu’on va tous mourir » si on arrête la construction européenne ou si l’on sort de l’euro. On est clairement dans l’auto-justification s’appuyant sur la persévérance dans les décisions du passé pour continuer dans l’erreur radicale en en espérant la fameuse adhésion collective. Ce que confirment évidemment la Norvège, la Suisse, le Royaume-Uni, la Pologne etc…

[1] Le passage en cause de cet itv est réservé aux abonnés ou à la version papier du Figaro du 18 février et figure à la suite de cet article

[2] Ce domaine a été exploré en autre par Christian Morel dans son livre « Les décisions absurdes » (dont je vous recommande la lecture) et ce chapitre en référence est illustré par…les cas de la navette Challenger et de la ligne Maginot !

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Un nouveau délit vient d’être inventé !

Posted by lolik11 sur 19 février, 2011

Il s’agit de l’incitation à la discrimination raciale, sans aucun soupçon de diffamation. ??? Le concept n’est pas facile à cerner et une telle créativité juridique est assez ébouriffante. Je vous livre le raisonnement sur lequel s’est appuyé le tribunal pour condamner Eric Zemmour. Mais avant, retour en arrière sur les propos en cause : «Pourquoi ils sont contrôlés 17 fois, parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait. »

1)      Le Tribunal l’a relaxé du délit de diffamation pour ces propos car « Il n’affirme ni ne sous-entend l’existence d’un lien de causalité avéré ou possible entre l’origine ou la couleur de peau et une sur-représentativité prétendue parmi les trafiquants »

2)      Mais ce même Tribunal a considéré qu’il avait bien incité à la discrimination raciale car « Par cette phrase catégorique et péremptoire, il justifie directement et clairement les contrôles, aussi arbitraires que systématiques, envers certaines catégories de population».

Est-ce à dire que si la phrase avait été moins péremptoire, il n’y aurait pas eu incitation à la discrimination raciale ? Par exemple «…parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes » est nettement moins péremptoire donc il n’y aurait pas de discrimination. A retenir donc, que « c’est comme ça, c’est un fait » ne devra désormais être employé qu’en dehors de tout contexte potentiellement discriminant. La météo et la philatélie se voient désormais conservateurs en chef de ces sympathiques locutions.

On comprend aussi au passage, que cette même phrase, si elle n’avait pas été précédée d’un échange sur les raisons de contrôles policiers, ne les auraient donc pas justifiés, ces satanés contrôles aussi arbitraires que systématiques, et donc que le Tribunal n’y aurait vu aucune incitation à la discrimination raciale.  Il faudra donc éviter les concomitances suspectes et modifier un peu nos habitudes de conversation. Ca donnera à peu près, ça :

« Pourquoi sont-ils contrôlés ? » rester silencieux ou parler d’autre chose…Lorsque l’interlocuteur aura repris la parole et sera passé à un autre sujet, on pourra alors dire « «…parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes ». Bref, les discussions ne vont pas être faciles à l’avenir ! Enfin, pas toutes ; il est quand même permis, par exemple, de se refuser à embaucher un mâle blanc et de lui préférer une femme, ou une personne…

Une soixantaine de députés en arrivent à penser qu’il s’agit d’une dérive judiciaire qui impose désormais la révision des lois qui la permettent. Les citoyens les plus audacieux créent des comités de soutien et d’autres signent des pétitions pour s’opposer à cette police de la pensée, bref on dirait que le fossé se creuse entre la Justice, le peuple et ses représentants et que tout ce petit monde commence à s’émouvoir bruyamment.  Attendons l’appel du jugement, et d’ici là regardons si sa voix, sera entendue ou si la Justice continuera à nous inventer la société du silence.

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Un certain décalage

Posted by lolik11 sur 18 février, 2011

La sagesse est le propre de l’âge ; certes, mais les gérontocraties s’éloignent de leur opinion publique surtout lorsque l’âge médian de leur population n’excède pas 25 ans !

Et lorsque la corruption s’institue en mode de gouvernement, le recours à la force armée en substitut habituel de l’ordre démocratique, les conflagrations brutales deviennent le mode d’ajustement des pouvoirs kleptocratiques  en place.

Merci à Lupus qui a trouvé ce graphe

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La démocratie, réservée à la rue arabe ?

Posted by lolik11 sur 17 février, 2011

C’est Ivan Rioufol qui s’attaque excellemment au sujet

Immigration : l’Europe est désarmée

Ce n’est pas seulement le multiculturalisme qui doit être débattu, comme y invite Nicolas Sarkozy. C’est, plus généralement, la position de la France face à la pression migratoire qui doit être réexaminée, au vu des exodes massifs qui se profilent dans certains pays du Maghreb libérés de leurs tyrans et des accords passés avec des pays européens riverains de la Méditerranée. L’entrée soudaine et massive, sur l’île italienne de Lampedusa, de 5.000 jeunes Tunisiens désireux pour la plupart de rejoindre la France, peut faire craindre d’autres vagues similaires. Elles s’apparenteraient alors à une invasion pacifique de l’Europe, désarmée par sa culture humaniste et des frontières devenues virtuelles. La France, qui reçoit environ 200.000 immigrés légaux chaque année (dont 70.0000 étudiants et 80.000 personnes au titre du regroupement familial), peut-elle se permettre de poursuivre cette politique de peuplement, et de l’aggraver avec une augmentation des clandestins qui sont déjà 200.000 à bénéficier de la gratuité de l’Aide Médicale d’Etat (AME) (1)? A l’évidence non. Or, tout concourt à consolider cette situation.

Les débarquements à Lampedusa rappellent que l’Europe demeure une passoire et que son Agence de surveillance des frontières (Frontex) n’a pas les moyens d’assurer sa mission. « L’Union européenne a besoin d’un mécanisme d’urgence », a d’ailleurs admis, mardi, le secrétaire d’Etat belge à l’Immigration, Melchior Wathelet. Mais le poids des bons sentiments demeure le véritable l’obstacle à une politique dissuasive. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a appelé mardi à « garantir les droits de l’Homme fondamentaux » des migrants, en estimant que cette migration est « dans le cours normal du développement », avec la mondialisation. Or, cette vision universaliste est encore celle qui prévaut dans l’Union européenne indifférente aux peuples qui la composent. Même les sénateurs français sont devenus perméables à ce politiquement correct, puisqu’ils ont décidé de revoir à la baisse l’ensemble du projet de loi sur l’immigration de Brice Hortefeux.

Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, assure que la France n’accueillera les clandestins débarqués que dans des cas « très marginaux ». Nous verrons bien. Reste qu’un pays qui se retrouve dans l’incapacité de gérer ses propres frontières est un pays qui a vocation à se faire déborder par d’autres peuples et d’autres cultures, au risque dès lors de se dissoudre et disparaître au fil des proches générations. Quand les Français réclament davantage de protections, ils parlent notamment de leur propre identité qu’ils jugent menacée par une immigration extra-européenne dont ils n’ont pas la maîtrise. Pourquoi ne pas envisager très vite, par exemple, un référendum pour le rétablissement effectif des frontières, voire la suppression d’un regroupement familial qui ne cesse de s’autoalimenter? Il ne suffit pas de s’enthousiasmer pour la démocratie quand elle est revendiquée par la rue arabe (bien qu’elle fasse aussi fuir, visiblement). Les Français l’attendent aussi sur ce sujet confisqué de l’immigration.

(1) Je reprends ces chiffres du blog que Maxime Tandonnet, conseiller à l’Elysée pour les questions d’immigration, vient d’ouvrir et que je vous conseille vivement.

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Où va l’armée française ?

Posted by lolik11 sur 15 février, 2011

Refonte de la carte militaire, réorganisation des états-majors, budgets de plus en plus « serrés », réduction constante des effectifs, vieillissement du matériel… Près de quinze ans après l’entrée en vigueur de la professionnalisation des armées, près de deux ans après la réintégration de la France dans l’Otan, la « grande muette » est inquiète. Elle s’interroge non seulement sur ses moyens, mais aussi sur la finalité, devenue floue, de ses missions. A quelle logique politique et stratégique obéit-elle ? Et au-delà, quelle peut être, aujourd’hui, la place de la fonction militaire dans une société régie par les seules « valeurs » marchandes, piétinant chaque jour les vraies valeurs, celles du service, du devoir et du sacrifice, que le soldat incarne dans toute leur quintessence ?

Lancinante comme la douleur d’une vieille blessure, l’image, imposée en 2008 par le général Jean-Claude Thomann, revient spontanément au détour des conversations entre militaires, sans parler des forums de discussions qui fleurissent sur Internet : au rythme où vont les réductions d’effectifs, l’armée de terre tiendra bientôt tout entière dans le Stade de France. Enfin presque, rectifient les plus optimistes puisque ses 81338 places seraient insuffisantes pour accueillir les 88000 combattants qui, au terme du dernier Livre blanc de la défense (2008) constitueront le fer de lance de nos effectifs en 2014. Mais les pessimistes remarquent aussitôt qu’en annexant la pelouse de ce même stade, on pourrait y ajouter sans mal les 6000 militaires non opérationnels et les 9000 civils de l’armée de terre, soit, en tout, 103000 hommes.

L’armée de la troisième puissance militaire mondiale réduite au public d’un stade, fût-il le plus grand de France : le raccourci parle à tout le monde… Et pour ceux qui n’ont pas la mémoire courte, elle évoque bien pis : les 100000 soldats accordés à la Reichswehr de 1918 par le traité de Versailles et les 100000 autres concédés à Vichy, en 1940, aux termes de l’armistice négociée avec le IIIe Reich. La vaine poussière d’armées vaincues tout juste autorisées à maintenir l’ordre. Bref, à tirer sur la foule, en cas de besoin… Mais en aucun cas à s’opposer à l’invasion du territoire.

S’exprimant le 22 octobre 2010 à l’occasion des Journées des présidents des officiers de Coëtquidan, le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Elrick Irastorza lui-même n’a pas lésiné sur la pédagogie pour faire comprendre le caractère « particulièrement compliqué » et « anxiogène » des réformes mises en place à partir de 2011 pour réduire le format de nos armées.

« En 1914, nous disposions de deux mille bataillons d’infanterie, de quoi mettre un fantassin tous les cinquante centimètres entre Nice et Dunkerque. Aujourd’hui avec nos vingt bataillons, nous avons de quoi en faire autant entre la porte Maillot et celle de la Villette ; 1724 canons français s’opposaient à Verdun à 2200 canons allemands. Il nous en reste aujourd’hui 128, réduction acceptée, je le rappelle, parce qu’elle devait être compensée par la mise en service du LRU (lance-roquettes unitaire, dont l’entrée en service est repoussée à 2014 et qui figure sur la liste des matériels en suspens, si de nouvelles coupes budgétaires devaient être opérées) dès 2012. »

Certes, depuis 1960, le maintien de l’intégrité du sol national repose sur la dissuasion atomique. Autrement dit, sur des « armes d’épouvante » susceptibles de faire subir à un ennemi plus fort que nous de tels dommages qu’il en perdrait tout intérêt à nous détruire. Née de la guerre froide, et toujours d’actualité face à d’autres puissances nucléaires, cette « assurance contre l’imprévisible » comme la nommait le général Gallois, vaut-elle encore s’agissant d’un agresseur asymétrique utilisant des armes conventionnelles et qui, de surcroît, déclencherait un conflit depuis l’intérieur même du territoire ? Evidemment non. Conçue pour réduire à néant un bassin industriel ou une métropole majeure à des milliers de kilomètres de nos frontières, l’arme nucléaire, même tactique, ne serait d’aucune utilité pour s’opposer à la constitution d’une enclave indépendante sur le territoire de la République, type Kosovo, ou au débarquement, pacifique ou non, sur les côtes de la Méditerranée, de centaines de milliers d’hommes chassés par la misère ou par l’instabilité politique – l’hypothèse du Camp des saints, chère à Jean Raspail, dont ce roman magistral de 1973 est réédité ces jours-ci.

Quant à la menace majeure qu’est devenu le terrorisme, irréductible, par définition, aux catégories guerrières traditionnelles, ce n’est pas à coups de missiles qu’on la dissipera. Ce qui dissuade d’agir un Etat, dont les intérêts vitaux sont bien identifiés, ne dissuade pas une nébuleuse infra-étatique, sans territoire ni structure politique afférente, et dont le seul intérêt « vital » réside dans l’accomplissement de ses buts de destruction ou de déstabilisation, forcément contingents. On le voit bien au Niger où les intérêts français, directement menacés, ne peuvent être efficacement protégés que par le déploiement de forces classiques, et rien d’autre…

Inquiets de voir nos trois armes réduites à un format décidément incompatible avec les missions d’une grande puissance (moins de cent mille militaires en armes en 2014, une force aérienne de combat ramenée à trois cents appareils et une marine à moins de trente grandes unités navales dont un seul porte-avions), les militaires ne sont pas pour autant rassurés sur le maintien d’une dissuasion efficace. C’est-à-dire, fondamentalement indépendante. Ou encore, pour reprendre l’expression consacrée par le général de Gaulle, capable de garantir à la nation que, si la France doit faire la guerre, ce sera vraiment « sa guerre ».

Le postulat du Livre blanc de 2008 est en effet sans équivoque : « sauf exception, lit-on page 201, toutes nos opérations militaires se dérouleront dans un cadre multinational. Celui-ci peut être préétabli, dans le cas de l’Alliance atlantique ou de l’Union européenne, ou ad hoc, dans le cas de coalitions de circonstance. » Peut-on prendre plus intégralement le contre-pied du premier Livre blanc, celui de 1972, rédigé sous l’autorité de Georges Pompidou et de Michel Debré, alors ministre de la Défense : « Pour un peuple libre, la sécurité se confond avec la sauvegarde de cette liberté fondamentale qui est la première de toutes les autres et qui s’appelle l’indépendance de la nation. »

Il est vrai qu’entre-temps, la France – que le général de Gaulle avait fait sortir, en 1966, du commandement intégré de l’Otan – est revenue au sein de cette organisation et qu’au fil des traités européens qu’elle a signés depuis 1992, ses gouvernements successifs ont considéré, à rebours de vingt siècles de pensée politique, que la souveraineté n’était plus un absolu et pouvait sans inconvénient, être transférée. Ce qui, d’Aristote à Carl Schmitt, et des légistes de la monarchie à ceux de la Révolution française, s’appelle une aliénation…

Plus de moyens, de moins en moins d’autonomie… Comment s’étonner que le moral des militaires soit au plus bas ? Leur inquiétude est d’autant plus forte qu’elle se double d’une cruelle déception : la dernière grande réforme de notre défense nationale – la transformation, en 1996-1997, sous l’égide de Jacques Chirac, de l’armée de conscription en armée professionnelle – devait avoir pour corollaire un accroissement considérable de nos moyens. L’échange, en quelque sorte, de la quantité pour la qualité…

Treize ans plus tard, on sait ce qu’il est advenu de cette promesse : beaucoup moins d’hommes – c’était prévu – mais aussi, et surtout, moins de matériels et des capacités d’intervention drastiquement réduites – ce qui ne l’était pas ! Le « format » rêvé pour l’horizon 2015 – 434000 hommes, toutes armes confondues, dont trente mille projetables à huit mille kilomètres pendant un an, appuyés par soixante-dix avions et deux porte-avions (pour qu’un soit disponible en permanence) – est devenu une peau de chagrin : déjà réduite, en 2010, à 305732 éléments, dont 240996 militaires (source : Observatoire social de la défense), l’armée ne devrait pas en aligner plus de 225000 en 2014. Ce qui introduit un doute légitime sur le maintien d’une force « projetable » autonome et renforce l’inquiétude des militaires sur la perte de notre indépendance matérielle et, partant, décisionnelle.

Le 10 juillet dernier, dans Valeurs actuelles, Frédéric Pons résumait ainsi la situation : « Les armées pourraient se rabattre sur le format des unités d’intervention interarmées de 5000 hommes, projetables en permanence dans un cadre national ou multinational… La réintégration dans l’Otan plaide en ce sens, même si, à terme, ce processus risque de faire de l’armée française un simple supplétif des Américains. »

Maître mot de Nicolas Sarkozy, « l’inter-opérabilité » de nos forces a un avantage : permettre à la France de maintenir l’aguerrissement de ses troupes, en étant présente sur des théâtres majeurs. Mais, ajoutait Frédéric Pons, « les inconvénients sont nombreux : la réduction du format devrait dégrader, ipso facto, les missions et les ambitions géopolitiques de notre pays, et le recours aux capacités alliées – le culte de la mutualisation, prétexte à beaucoup de renoncements – entraînera la perte de capacités pointues, au détriment direct de la France [et de l’Europe]. Ce “décrochage” technologique devrait bénéficier aux seuls Etats-Unis. Cette évolution est préoccupante : dans le monde, l’Europe désarme, tandis que l’Amérique et l’Asie ne cessent d’augmenter leurs budgets militaires. »

Dans chaque arme, de fait, c’est une hécatombe de moyens. L’armée de terre, qui devait disposer de 770 chars, dont 420 lourds (le Leclerc), selon le schéma 2015 arrêté sous Jacques Chirac, ne devrait pas en aligner plus de 500 en tout en 2014. L’aviation perdra 24 % de ses effectifs, la marine 11 %. La déflation des crédits est plus préoccupante encore : les baisses induites par les préconisations du Livre blanc, rédigé juste avant la crise financière, ont été aggravées par elle. Aux termes du Livre blanc, mais aussi de la loi de programmation 2009-2014, l’objectif initial était de consacrer en tout 377 milliards d’euros à la défense. Il pourrait n’en rester, au bout du compte, que 340…

Pour s’instruire du détail, il n’est que de prendre connaissance des auditions de nos généraux par la commission de la défense de l’Assemblée nationale dans le cadre de la préparation du budget 2011 (lire encadré, pages 34-35). Et malheur à ceux qui prennent moins de gants ! Le 5 janvier dernier, le Canard enchaîné révélait que l’un de nos meilleurs officiers, le général Desportes, ancien patron de l’Ecole de guerre, réputé pour la qualité de sa réflexion stratégique, manquait non seulement sa quatrième étoile, mais avait été placé sur écoutes téléphoniques par la DCRI (le contre-espionnage français, issu de la fusion, en 2008, de la DST et des Renseignements généraux). Sa faute : avoir critiqué, dans un entretien au Monde, daté du 2 juillet 2010, la stratégie choisie par les Etats- Unis en Afghanistan (« Elle ne semble pas fonctionner, factuellement, la situation n’a jamais été pire ») et de l’assujettissement des Français à celle-ci (« C’est une guerre américaine… Il n’y a pas de voix stratégique des alliés »). Surtout, le général Desportes est soupçonné d’avoir été l’un des auteurs, sinon l’inspirateur – ce qu’il dément formellement –, de la tribune parue le 18 juin  2008 dans le Figaro, sous le pseudonyme de Surcouf, et dénonçant une foncière inadéquation entre les orientations du Livre blanc et les intérêts de la France.

Ce texte, approuvé en privé par beaucoup de militaires d’active, soulignait en effet quatre incohérences majeures :

1. Une incohérence logique : « Alors que les crises se multiplient, l’Europe en général et la France en particulier diminuent leur effort de défense au moment même où chacun les augmente (les dépenses militaires mondiales ont progressé de 45 % en dix ans). »

2. Une incohérence doctrinale : « Le paradigme de la “guerre industrielle” (entre arsenaux étatiques) ayant été remplacé par celui de la “guerre bâtarde” – le plus souvent “au sein des populations” –, ce dernier exige à la fois des forces terrestres plus nombreuses, une capacité de projection aérienne et navale plus affirmée, une réorientation des programmes en conséquence […] Nous en sommes, nous, à la diminution des effectifs de l’armée de terre et au “report” de la décision de construire le deuxième porte-avions, qui signe une rupture capacitaire majeure. »

3. Une incohérence politique : «Nous revenons dans l’Otan, avec une capacité militaire affaiblie, et tout en y revendiquant des postes de commandement […]. Nous baissons la garde au moment où nous souhaitons entraîner nos partenaires vers un renforcement de la défense européenne… »

4. Une incohérence tactique, enfin, « par rapport à la seule certitude que nous ayons : celle de nous engager vingt fois en Afrique dans les années qui viennent, pour y éviter des catastrophes humanitaires ou assurer l’évacuation de nos ressortissants. Si nous pouvons le faire aujourd’hui, c’est parce que notre réseau de bases nous confère une efficacité d’autant plus unique que l’ensemble des pays africains refuse le déploiement de l’US African Command (commandement américain en Afrique) sur le sol africain. Pour gagner […] trois mille postes budgétaires, nous affaiblissons de manière définitive notre positionnement, avec ce paradoxe que nos abandons vont conduire mécaniquement à un accroissement du nombre de crises que nous ne pourrons plus prévenir et dans lesquelles nous ne pourrons intervenir qu’à un coût incomparablement plus élevé. »

Trois ans après, cette dernière remarque apparaît prémonitoire : fermée en 2010, la base de Djibouti, où stationnait la Légion ne serait-elle pas des plus utiles aujourd’hui pour combattre la mainmise d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) qui a déclaré la guerre que l’on sait aux intérêts français en tuant ou enlevant nos ressortissants ?

Las ! Le Livre blanc est passé par là, anticipant d’un an le ralliement de la France à « l’arc stratégique » exclusif de l’Otan, de l’Atlantique à l’océan Indien. Le «Great Middle East », cher aux Anglo-Saxons, qui contourne superbement l’Afrique intérieure et, partant, les intérêts français… mais privilégie le golfe Persique. Abou Dhabi, par exemple, où l’armée française s’installe, à deux cent cinquante kilomètres des côtes iraniennes.

A l’inquiétude sur le dépérissement de nos moyens, s’ajoute donc, chez les militaires, une angoisse sur les buts de guerre de la France. Voués par nature au sacrifice, les soldats n’ont-ils pas le droit, après tout, de s’interroger sur le sens de leur engagement dès lors que leur mission de défense de la patrie ne leur apparaît pas dans toute sa clarté ? Quel qu’il soit, le « format » d’une armée s’articule à une finalité. Et quand cette finalité devient floue, comment s’étonner que le doute s’installe chez ceux à qui l’on demande tant avec toujours moins de moyens ? C’est aussi qu’en s’estompant dans les méandres du droit international, la distinction ami/ennemi chère à Carl Schmitt n’affaiblit pas seulement l’esprit de défense : elle soumet le militaire à un ordre international abstrait qui, non seulement peut l’envoyer risquer sa vie pour des causes qu’il n’entrevoit pas comme vitales pour son pays, mais peut aussi, à l’inverse, le transformer en accusé devant un tribunal. Les anciens de l’opération « Turquoise », au Rwanda (1994), en savent quelque chose, comme l’a relaté le Spectacle du Monde du mois de novembre…

Dans son essai de 1931, le Fil de l’épée, le colonel de Gaulle remarquait que si la « mélancolie du soldat » était de toutes les époques, surtout en temps de paix, où triomphent d’autres valeurs que l’abnégation et l’héroïsme, l’ordre militaire n’avait été réellement attaqué à la racine qu’au début du XXe siècle. Quand la SDN, au prétexte de mettre la guerre hors la loi, l’avait simplement « déterritorialisée » en faisant des militaires, non plus les défenseurs de leur patrie, mais les agents d’un ordre juridique abstrait rompant tout lien organique entre le soldat et sa terre natale.

Quatre-vingts ans et une guerre mondiale plus tard, les choses n’ont fait qu’empirer au détriment du soldat. A-t-il jamais existé, dans l’histoire, autant de disproportions entre ce qui est demandé aux militaires, qu’on voit, pêle-mêle, risquer leur vie pour séparer des belligérants, nettoyer les plages souillées par le pétrole, charrier les monceaux d’ordures provoqués par la grève des éboueurs marseillais, et ce qu’on attend des civils ? Entre ceux qui « servent » la collectivité sans rien attendre en retour et ceux qui « se servent », le fossé, de fait, n’a jamais été aussi béant.

Nul n’est jamais entré dans l’armée pour s’enrichir, mais jamais, non plus, la notion de service n’aura été tant piétinée que par le triomphe des « valeurs » marchandes au terme desquelles tout a un prix. Tout, sauf le désintéressement dont la cote est décidément au plus bas. Sous Napoléon, déjà, l’officier désargenté considérait sans aménité le fourrier aux armées devenu un prince du faubourg Saint-Germain. Mais le cœur du pauvre «Marie-Louise » – ces soldats de la fin de l’Empire enrôlés par un décret de conscription signé de la main de l’impératrice –, même devenu demi-solde et parfois clochard avec la Restauration, s’était réchauffé pour l’éternité au « soleil d’Austerlitz ». Et cela suffisait à l’équilibre d’une société où la gloire comme la réussite matérielle pouvaient cohabiter, chacune à sa place.

Peut-on en dire autant du sous-officier de 2011, payé 2500 euros par mois pour risquer sa vie en Afghanistan et découvrant qu’en quelques clics, un trader peut gagner pour lui-même plusieurs dizaines de millions et, en prime, déstabiliser des Etats, cependant que la Marseillaise, qu’on ne chante plus guère que dans les stades, honore en priorité les vedettes éructantes du ballon rond, couvertes d’or et de scandale ? La différence avec 1815, et même 1914, c’est que la gloire a déserté l’esprit de sacrifice pour s’investir tout entière dans le monde des affaires, dont fait aussi partie le sport. C’est là sans doute qu’en dernière analyse, il faut chercher la cause du grand malaise de la fonction militaire. Et de quelques larmes secrètes, quand il est demandé à des chefs d’économiser encore, d’économiser toujours, pour que vive la France.

Eric Branca

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La retraite, c’est simple comme un permis de séjour

Posted by lolik11 sur 12 février, 2011

Il y a encore peu de temps, on se demandait comment sauver les retraites. On n’a pas trouvé et en 2010, le déficit de notre système de retraite s’élèverait à 32 milliards d’euros, selon les prévisions officielles. Et les déficits ne devraient se réduire qu’en 2018, malgré le relèvement à 62 ans de l’âge légal de la retraite et les 41,5 années de cotisation désormais exigées.

Il a quand même été prévu une allocation de solidarité pour les personnes âgées qui n’auront pas cotisé assez longtemps ou dont les revenus auront été trop faibles ; son montant sera d’environ 700 euros mensuel. Cette allocation sera versée en vertu de la solidarité qui lie les membres de la communauté nationale entre eux, parce que le pacte républicain ne peut laisser sans ressources ceux que les difficultés de leur vie menaceraient dans le grand âge. Baste ! Ca, s’est pour les travailleurs !

On apprend que des retraites seront accordées à ceux qui auront obtenu un permis de séjour, même s’ils n’ont jamais travaillé en France ! A partir de 60 ans (même pas les 62 exigés des travailleurs) et à 65 ans au plus tard, une retraite d’environ 700 euros par mois leur sera versée. Le même montant que celui versé aux vieux travailleurs !  Les cotisants et les retraités seront donc solidaires de tous ceux qui voudront donc bien se présenter aux guichets de l’Aspa. Afin que personne ne l’ignore, cette mesure est notifiée dans le livret d’accueil des immigrés (la vie sociale-vieillir en France, page 54).

Ultime solidarité : l’Apsa donne lieu à récupération sur les successions supérieures à 39 000 euros ! De cela, le livret d’accueil n’en parle pas et pour cause. Le candidat Président qui voulait revaloriser les petites retraites de 25% sur 5 ans, (2% annoncés en 2011), n’avait pas soufflé mot de cette mesure et les petites retraites des agriculteurs atteignent toujours péniblement 500 euros mensuels. Mais peut-être n’est-il pas informé de tout cela ; et si on lui en parlait ?

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La classe politique doit être à la hauteur du défi

Posted by lolik11 sur 2 février, 2011

Partant du postulat, que la sortie de la zone euro nous est interdite, car les dégâts seraient trop importants, Jean-Marc Daniel, balaie, de façon fort instructive, l’éventail des fausses analyses et des fausses solutions pour en arriver à dégager trois propositions susceptibles de  nous sortir du pétrin dans lequel nous nous enfonçons.

– Diminuer les dépenses publiques

– Basculer la fiscalité des entreprises vers celle des ménages et pour cela, augmenter la CSG de 5 ou 6 points et alléger d’autant la fiscalité des entreprises

– Renoncer au fédéralisme budgétaire au bénéfice de transferts de main d’œuvre des pays à fort chômage vers les pays en plein emploi.

C’est un résumé un peu lapidaire des 20 mn de cette vidéo dont la conclusion ressemble à une grosse blague : la classe politique doit être à la hauteur du défi !

A mon avis, autant la deuxième proposition commence à avancer dans les esprits et la première entame une amorce conflictuelle mais pas tout à fait désespérée, la perte du triple A pouvant bien aider le mouvement, ceux qui s’aventureraient dans la dernière proposition, suivant en cela Mme Merckel, ruineraient assurément leur avenir et le nôtre par la même occasion et feraient paraître les dégâts promis d’une sortie de l’euro comme d’aimables broutilles…

 

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La souveraineté fiscale des Etats à l’épreuve de Super Mario

Posted by lolik11 sur 25 janvier, 2011

La souveraineté fiscale des Etats, retour à la préhistoire !

La souveraineté fiscale des Etats, retour à la préhistoire !

A Bruxelles,  on s’inquiète pour le marché unique européen remis en cause par les récents succès électoraux de partis de plus en plus critiques envers la construction européenne. Mario Monti  [1] a même récemment déclaré que « La dynamique électorale, avec l’émergence de nombreux petits partis qui s’éloignent du centre-gauche ou du centre-droit, risque de le mettre en danger ». Ces inquiétudes ne datent pas d’hier puisque José Manuel  Barroso lui a commandé un Livre blanc dont l’objet était justement « Revitaliser le marché unique ». Ce Livre blanc a été remis à la Commission européenne le 10 mai 2010 et il préconisait principalement l’approfondissement de la concurrence, la libéralisation des services, la mobilité des travailleurs et la coordination fiscale entre les Etats. Pas de chance, ces propositions ont rencontré des réticences grandissantes tandis que les tendances au protectionnisme, à la fermeture aux travailleurs étrangers et à la création de champions nationaux se faisait de plus en plus sentir.

Qu’à cela ne tienne : Mario Monti a trouvé la parade, qu’il vient d’exposer il y a quelques jours, à cette mauvaise humeur des pays récalcitrants qui n’entendent pas se laisser dépouiller de leur libre choix. Je cite et je source parce que vous seriez raisonnablement fondés à ne pas me croire : « Il faut laisser aux Etats l’impression qu’ils conservent la souveraineté fiscale, tout en apportant progressivement une convergence ». Il est par exemple favorable à une série d’accords bilatéraux, qui éviteraient les grandes déclarations européennes sur le sujet susceptibles de relancer les débats.

Ainsi, un de nos super technocrates européens, n’hésite pas à recommander à la Commission européenne, d’adopter une stratégie masquée pour venir à bout de la souveraineté fiscale des Etats et ceci dans une conférence où des journalistes sont présents ! Une telle impudence, signe à son endroit, et à ceux auxquels étaient destinés ces bons conseils, qu’ils vivent dans un monde totalement virtuel, dans lequel il ne risque rien pour oser proférer de tels propos et surtout pas la sanction démocratique d’un vote de rejet. Il est plus que temps d’arrêter la construction de ce monstre bureaucratique, peuplé de Super Mario hors de contrôle, qui rejettent très loin l’idée européenne de la démocratie.

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La Commission européenne reconnait que les crédits-carbone sont bidonnés

Posted by lolik11 sur 24 janvier, 2011

Produire des gaz, pour les détruire et au passage rafler la mise

Produire des gaz, pour les détruire et au passage rafler la mise

Une parenthèse personnelle un peu désagréable vient de se refermer, j’en profite donc pour revenir vous saluer. Moi qui aime bien la Commission européenne, je dois dire qu’elle nous a régalés depuis le début de l’année avec son agenda oublieux, sa colère contre la neige des aéroports,  ses câlins aux loups suédois, son horreur des clôtures, son soutien au Fespaco, ses nouveaux super stress-tests et la restructuration de la dette grecque qu’elle ne saurait voir…Devant tant d’abondance, je m’en tiendrai à la dernière décision connue, celle de vendredi, qui suffit à elle seule à discréditer les décisions prises et à prendre de cette grosse Commission pour les années à venir.

Les « experts » réunis des 27 états membres de l’UE se sont accordés pour sévir (!) sur le marché européen des quotas d’émission carbone : ce qui s’y passe n’est pas très joli et en dit long sur le degré de compétence et de responsabilité de ces technocrates. Après une fraude à la TVA qui avait déjà couté 5 milliards d’euros aux européens, ce marché vient d’en connaitre une autre portant sur 2 millions de quotas (1 quota correspond à une tonne de C02 ce qui, à 12.50 euros la tonne représente quand même 25 millions d’euros !) La décision est donc tombée : ils ont promis de sécuriser davantage le système d’échange des quotas, chaque état victime (la liste n’est pas définitive mais contient déjà l’Autriche, la Grèce, la République Tchèque, la Pologne, l’Estonie et l’Allemagne) s’engageant à revoir ses systèmes de sécurité…les hackers doivent trembler !

Puisqu’ils étaient réunis, ils en ont profité pour interdire à compter du 1er mai 2013, les permis liés au HFC23 et au NO2, au motif qu’ils ont été détournés de leur « objet environnemental ». Une litote pour essayer de dissimuler une usine à gaz, qui produisait beaucoup de gaz toxique en permettant aux entreprises qui finançaient la destruction dans des usines chinoises ou indiennes de ces deux gaz nocifs, où ils étaient produits, d’obtenir des crédits d’émission pour compenser leurs propres émissions de CO2. La Commission vient ainsi de reconnaitre que son usine à gaz a conduit les producteurs chinois et indiens (les 23 projets concernés y étaient tous localisés) à produire des gaz à effet de serre dans le seul but de les détruire et de percevoir les crédits d’émission (des permis d’émission dont le prix pouvait atteindre jusqu’à 78 fois le coût de la destruction de ces gaz !).

Tout cela ne va pas faire l’affaire de la Chine et de l’Inde ni des industriels qui avaient investi dans les projets HFC23 ; ils ont d’ailleurs tout fait pour repousser cette révision au sein de l’agence de l’Onu qui pilote les « mécanismes de développement propre » dont sont issus ces crédits carbone, ce qui a été obtenu au bénéfice des conflits d’intérêts régnant au sein du bureau exécutif de l’Agence [1]. Au sein de la Commission européenne, à la demande de l’Italie, de la France et de la Grande-Bretagne [2], ils ont même réussi à différer au 1er mai 2013, la date d’entrée en vigueur de la mesure, initialement proposée au 1er janvier 2013, ce qui permettra de valider 30 à 40 millions de MDP supplémentaires[3]. Les crédits carbone sont bidon, mais il faut bien les écouler et il ne faudrait pas que leur prix baisse (à suivre ici) !

Mais si les permis HFC23 n’ont plus cours, comment se procurer dès lors les précieux crédits-carbone ? Rassurez-vous, ils ont déjà la réponse. « Le dispositif va devoir s’orienter vers les énergies renouvelables, les pays d’Afrique »; moins facile mais tout aussi juteux d’autant que le terrain de jeu est immense, les règles du jeu modifiables à l’envi et que le jeu ne sert à rien. Comme à chaque fois, la Commission européenne détruit tout mais rate son suicide !

[1] la Chine percevrait une taxe de 65% sur ces crédits, un japonais qui siège au bureau exécutif de l’agence est aussi Président d’une société chimique…

[2] Rhodia, Enel, Endesa, E.ON, entre autres,  sont de grands producteurs de crédit carbone

[3] «Si on arrête les projets HFC à partir du 1er janvier 2013, les investisseurs vont se retrouver avec des masses énormes de crédits qui ne valent plus rien », E.Fages, analyste carbone au cabinet d’expertise Orbéo (une filiale de Rhodia).

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