Echopolitique

Ne pas faire de politique, c'est faire la politique de ceux qui nous imposent la leur.

La guerre de notre temps, la guerre des monnaies

Posted by lolik11 sur 2 octobre, 2010

Le yuan, forme moderne de la torpille

Le yuan, forme moderne de la torpille

Cette semaine, la chambre des représentants américaine a voté une loi destinée à contrer la sous-évaluation du yuan. Ce texte, qui doit, encore être voté par le Sénat puis ratifié par le Président Obama – et je ne doute pas que les tenants du libre-échangisme (FMI, OMC, UE, Wall Street…) le plus débridé vont tout faire pour essayer de torpiller (1) cette loi ouvre la voie à la mise en place de droits de douane compensatoires (et donc d’un protectionnisme) par le Département du commerce qui a le droit de considérer que les « devises fondamentalement sous-évaluées » sont des subventions illégales aux exportations et le devoir d’agir contre elles..

Cette loi est une conséquence directe de la guerre des monnaies que se livrent les grandes puissances. Car dans notre monde où le commerce est censé avoir tout pacifié, les grandes puissances se livrent désormais à une guerre monétaire afin de bénéficier de la monnaie la plus faible possible pour doper aux exportations leur croissance au détriment des appareils industriels des autres puissances. Saluons au passage, le beau retour des théories mercantiliste en vogue sous Colbert. Et les chinois sont ceux qui y réussissent le mieux avec un taux de change fixe par rapport au dollar (2) ; l’avantage d’être une dictature dans la guerre économique moderne.

L’Amérique ne s’agite que maintenant car pendant des années, elle pouvait limiter les dégâts par un endettement des ménages pauvres, une liquidité abondante à Wall Street et un taux de change sous-évalué par rapport à l’Euro, ingrédients qui lui permettait de faire subir à l’Europe sur les produits à plus forte valeur ajoutée ce que les chinois lui faisaient  payer (ainsi qu’à l’Europe) sur les produits basique . Les pays de la zone Euro (3) étant, les dindons de cette sinistre farce…

Mais cette loi est aussi une claque pour Obama qui, contrairement à ce qu’on pense en Europe n’a pas été élu parce qu’il était l’espoir d’un monde apaisé, d’un monde pacifié, d’un monde sorti de l’Histoire mais parce qu’il présentait la meilleure réponse économique à la crise imputée aux républicains et promettait aux américains moyens de leur rendre leur travail (4). Deux ans plus tard, les représentants pensent de moins en moins qu’Obama ait la moindre capacité de faire changer d’avis la Chine par la seule parole et commencent à vouloir se protéger des pratiques déloyales de la Chine qui pèsent principalement sur les ouvriers américains…les mêmes qui promettent de sanctionner durement les démocrates qui sont aux commandes sans avoir réussi à résoudre le problème du chômage depuis deux années…

Pendant ce temps-là, de ce côté-ci de l’océan, nous avons toujours une BCE sous contrôle allemand que ne préoccupe pas du tout le taux de change de l’Euro (et donc la croissance et le chômage des autres pays) et ne pense qu’aux plans de sauvetage des banques et de l’Euro (5). Si le Département du Commerce arrive à étayer cette sous-évaluation du yuan et à appliquer des sanctions douanières, la BCE se trouverait alors prise en flagrant délit d’aveuglement et contrainte d’agir sous pression politique. Pendant ce temps là, nous avons toujours une Commission Européenne qui continue de s’en prendre à ce qu’il reste de souveraineté et de spécificités des pays européens, qui poursuit son œuvre de déréglementation et d’ouverture du Marché Commun sous le dogme de la Concurrence Pure et Parfaite pour en faire le Marché Tout Court. Il est grand temps de changer d’Europe …

1 –  Ils vont, comme à leur habitude, dire qu’il vaut mieux discuter avec la Chine pour qu’elle apprécie un peu plus sa monnaie (exactement ce que fait Obama depuis 2 ans sans  aucun résultat). Ils vont également nous répéter que le commerce c’est bon pour tout le monde (enfin je trouve que tout le monde ressemble plus à un banquier de Wall Street, un patron de multinationale ou même à la population chinoise qu’à un ouvrier français, ces temps-ci), que la Chine a besoin des exportations pour se développer (aller donc dire cela à tous les ouvriers en Europe et aux USA qui perdent leur job). Et pour finir ils vont nous sortir l’argument massue habituel : le protectionnisme, c’est la guerre, le protectionnisme, c’est ce qui a amené Hitler au pouvoir.

2 – C’est l’avantage d’être une dictature militaire, vous pouvez toujours imposer des décisions à vos partenaires démocratiques qui n’osent plus rien faire respecter, même pas les règles du jeu du libre échange.

3- En ces temps de crise irlandaise, il serait temps de faire un bilan de l’Euro. On voit bien que les fameux PIGS sont des pays écrasés sous la botte de l’Euro alors que les pays qui redémarrent sont ceux qui n’en font pas partie : Pologne, Royaume-Uni, Suède…La seule bénéficiaire de l’Euro est l’Allemagne, mais cela est une autre histoire….

4- Il suffit de regarder les courbes des intentions de vote de la présidentielle de 2008 pour s’apercevoir que le véritable déclic dans la campagne d’Obama est la chute de Lehmann Brothers en Septembre.

5- Si la BCE ne s’occupe pas du taux de change de l’Euro, c’est que la vérité est ailleurs. La vérité est qu’un taux de change élevé permet à l’Allemagne de dépecer les industries des autres pays de la zone euro, notamment française et italienne, ses deux principaux concurrents, tout en achetant ses matières premières moins cher grâce à l’Euro fort.

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6 Réponses to “La guerre de notre temps, la guerre des monnaies”

  1. LOmiG said

    changer d’Europe c’est quoi, donc ? Supprimer la BCE, et rétablir une Europe fédérale avec des nations vraiment souveraines et en concurrence (fiscale, monétaire, etc…) ?

  2. Echopolitique said

    Non, changer d’Europe n’est pas rétablir une Europe fédérale. Et comme si les nations n’étaient pas en concurrence dans l’Union Européenne.
    Changer d’Europe, c’est sortir de l’Euro comme monnaie commune pour revenir aux monnaies nationales avec l’Euro comme monnaie de réserve.
    Changer d’Europe c’est sortir de Shenghen pour rétablir un minimum de controle de la circulation des personnes.
    Changer d’Europe c’est mettre fin aux pouvoirs exhorbitants de la Commission Européenne qui a transformé le Marché Commun en Marché Tout Court et donc établir un protectionnisme envers les pays extérieur à l’Union Européenne.
    Changer d’Europe c’est sortir de cette logique de réglementation européenne de toutes les activités humaines qui n’est que la face cachée d’une disparition des spécificités culturelles et sociales de chaque pays et donc de chaque peuple.
    Changer d’Europe, c’est laisser les pays s’associer librement sur certains projets et non pas tout décider à Bruxelles.
    Et enfin changer d’Europe, c’est surtout écouter quand les peuples disent non et donc sortir de cette mascarade de démocratie et enfin respecter l’Article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme (le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes).

  3. René said

    Je suis tout à fait d’accord sur les grandes lignes du constat, pas sur la conclusion…

    Il est tout à fait vrai que le libre-échangisme tel qu’il est prêché par l’OMC et par l’UE est une formidable machine à perdre pour les économies occidentales.

    Le protectonnisme nous est présenté comme « la bête immonde », en référence au contexte économique qui a prévalu à l’avènement d’Hitler. Cette présentation est une connerie, et une contre-vérité. L’avènement du national-socialisme en Allemagne dans les années 30 n’est pas l’enfant du protectionnisme, mais celui de la misère découlant d’une inflation galopante, sans aucune commune mesure, même avec les taux records que nous avons pu connaître depuis. Inutile de détailler les causes de cette inflation ubuesque. Il reste que c’est elle et elle seule qui a conduit à la catastrophe.

    Le protectionnisme, quant à lui, peut parfaitement se justifier, et devrait être la règle dans des cas fréquents. Si la libre concurrence est un moteur puissant d’expansion économique depuis toujours (la puissance de l’Empire Romain s’est construite bien plus par le commerce international que par les légions romaines), cette concurrence pour rester libre doit être loyale. Dans de nombreux pays, l’absence du poids de la protection sociale en l’Europe et singulièrement en France d’une part, la sous-évaluation de la monnaie d’autre part, sont des facteurs objectifs de déloyauté de cette concurrence, auxquels des réponses appropriées seraient parfaitement légitimes. Et c’est valable pour le dollar par rapport à l’euro !

    Ca m’amène à mon point de désaccord avec toi : ce n’est pas l’euro qui est la cause de nos difficultés, mais bien la politique européenne elle-même. Si cette Europe, ou plutôt celle que les Européens rechignent toujours à construire, menait une politique cohérente, elle instituerait à ses frontières des barrières douanières (moi, je n’ai pas peur des mots) à l’encontre des pays qui nous concurrencent avec des moyens déloyaux. Pourquoi l’euro ne serait-il pas autant capable de se défendre face au dollar et surtout face au yuan, que le franc redevenu éventuellement monnaie nationale ? Pourquoi une économie européenne forte de 480 millions d’habitants serait-elle moins capable qu’une économie française avec ses « petits » 65 millions, de se faire entendre ? Je crois personnellement que c’est exactement le contraire. Encore faudrait-il pour ça que les pays européens « ne se tirent pas dans les pattes » entre eux au lieu de se battre unis. Et c’est donc bien la politique des Européens, sinon la politique de l’Europe (inexistante) qui est en cause, et pas la monnaie unique.

    J’ai donc eu partiellement tort de dire que j’étais en désaccord avec ta conclusion : ce qui est sûr, c’est qu’il faut changer d’Europe !

    PS : Je n’avais pas encore lu ta réponse à Lomig. Tu n’as pas tort partout. J’ai un peu de mal comprendre ton idée de rétablissement des monnaies nationales « avec l’euro comme monnaie de réserve ». Comment vois-tu les choses concrètement ?

  4. LOmiG said

    Merci pour ces précisions, qui sont autant de sujets importants de politique. Quels politiques, à part Dupont-aignan et peut-être Marine Le Pen, auront le courage de les aborder ?

  5. Vous écrivez qu’il faut respecter le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Cela inclut-il le peuple Breton, le peuple Basque, et le peuple Corse ?

    Je pose cette question, non pas pour obtenir de vous une réponse définitive et magique, mais pour souligner le fait que l’histoire humaine est bâtie dans la recherche permanente de l’équilibre entre le centre et la périphérie.

    Or votre position sur le retour aux monnaies nationales avec conservation de l’€uro comme monnaie de réserve me semble peu argumentée. Entre une monnaie unique mondiale, et une monnaie propre à chaque commune, pourquoi donner la préférence à une monnaie nationale ? Pourquoi ne pas laisser par exemple respectivement les Corses, les Bretons, et les Basques, créer leur propre monnaie ?

    Votre manque d’explication laisse perplexe.

    A l’inverse, la construction de l’Euro a fait l’objet d’une longue réflexion, fruit de l’Histoire tortueuse du XX° siècle.

    Dans les débats, l’€ a trouvé deux justifications économiques précises :

    1- Faciliter les échanges intra et extra européens . Cet objectif est atteint. Dans les échanges intra européens, les opérations de change sont éliminées et les comparaisons de prix sont simplifiées. Dans les échanges extra européens, l’Euro est devenu une monnaie universelle incontournable. Remarquons à ce sujet que le cumul des pays de la zone Euro représente la première puissance commerciale mondiale, ce que l’on tend à oublier par excès de pessimisme : la fluidification permise par l’€uro apporte sa part de contribution (certes difficile à mesurer…).

    2- Eviter l’inflation . Cet objectif est atteint. Même si c’est exagéré que de dire que la maîtrise de l’inflation serait à porter au seul crédit de l’Euro, au moins peut-on affirmer que les différentiels d’inflation sont réduit à néant à l’intérieur de la zone.

    Par ailleurs, une monnaie est un outil d’échange, et de représentation de la valeur, mais elle n’est que cela au plan économique. Les idéologues qui croient que la monnaie est un moyen de doper la croissance, se mettent furieusement le doigt dans l’oeil. Leur position a explosé en vol en juillet 2008, mais ils ne se sont pas encore réveillé, faute de savoir régénérer leur pensée.

    Merci de nous avoir fait partager votre article.

    Bien cordialement.

  6. lolik11 said

    Pour le peuple corse, hors de question (Napoléon), pour le peuple breton non plus pour respecter la promesse faite à Duguesclin mais pour les basques, faut voir…

    Pour le reste du commentaire, il serait trop long de vous répondre sur l’euro mais vous me donnez une idée d’article.
    merci de votre commentaire

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