Echopolitique

Ne pas faire de politique, c'est faire la politique de ceux qui nous imposent la leur.

Faut-il vraiment défendre cette Justice-là ?

Posted by echopolitique sur 3 octobre, 2009

A Roissy, ils ont décidé d'assurer eux-mêmes leur propre sécurité

A Roissy, ils ont décidé d'assurer eux-mêmes leur propre sécurité

Cette semaine, deux affaires ont fait la une des journaux, deux affaires qui méritent d’être rapprochées tant elles mettent en lumière un phénomène très inquiétant dans notre pays. La première est celle du lapsus de N.Sarkzoy sur les « coupables » de Clearstream et la deuxième est celle du meurtre d’une jeune femme en forêt de Fontainebleau. Ces deux affaires sont intéressantes à rapprocher malgré la différence de gravité (et mes condoléances vont bien entendu à la famille de la jeune femme, la seule victime dans ces deux affaires) et même justement par la différence de gravité.

Dans le premier cas, on a une palanquée de réactions de personnages politiques, syndicalistes, avocats, professeurs de droit constitutionnel, agitateurs d’opinion sur le thème, N. Sarkozy ne respecte pas la présomption d’innocence, c’est une grave dérive démocratique…..La Justice avec un grand J et les médias sont montés sur leurs grands chevaux pour en faire une affaire d’Etat (je ne parle pas de l’affaire Clearstream mais du lapsus/abus d’autorité, seulement) et mettre en cause le pouvoir politique et une probable-hypothétique-future dérive qui pourrait arriver si on ne fait pas attention.

Dans le deuxième cas, l’affaire est traitée comme un simple fait divers tragique, comme il en arrive trop souvent. Bien sûr, certains s’attardent un peu plus que d’autres sur le situation de récidiviste du tueur (qui est coupable, pas de lapsus possible) et les histoires de suivi des délinquants sexuels mais rien de très franc dans les prises de position, rien qui fera réellement du bruit ni changer le système. Alors qu’en creusant l’affaire il y a bien plus à dire que ce qui a été dit : Manuel Da Cruz a été condamné en 2002 à 11 années de réclusion criminelle pour le viol, l’enlèvement et la séquestration d’une fillette de 13 ans, crimes commis en octobre 2000. Première salve de question : pourquoi n’a-t-il été condamné qu’à seulement 11 années de prison pour un tel crime ? Il a bénéficié de la libération conditionnelle en mars 2007 pour bonne conduite : pourquoi a-t-il pu bénéficier de remises de peine (environ 4 mois par année) sachant que la peine n’était déjà pas lourde ? Et quelle bonne conduite lui a été reconnue ? Il avait déjà, en mars 2006, bénéficié d’une première libération pour bonne conduite mais n’en avait déjà pas respecté les obligations (pas d’activité professionnelle et résidence à moins de 20 km du domicile de sa victime). Il aura donc en tout séjourné seulement 6 années en prison pour ses crimes et si sa 1ère libération conditionnelle n’avait pas été annulée, seulement 5. Le précédent s’étant produit, pourquoi a-t-il pu revenir s’installer à quelques centaines de mètres du domicile de son ancienne victime ? Pourquoi ne faisait-il pas l’objet de stricts contrôles de la part des autorités judiciaires/pénitentiaires ? Cette femme, comme tant d’autres serait encore en vie si la justice avait fait son travail et si les parlementaires faisaient le leur. Et surtout pourquoi, alors qu’il s’agit d’une affaire humainement si grave et qui concerne la société dans laquelle nous vivons tous, personne ne se pose les bonnes questions et ne monte sur ses grands chevaux comme dans le premier cas ?

Il semble qu’il y ait désormais une justice et des réactions à plus que deux vitesses que vous soyez puissants ou faibles mais aussi que vous touchiez au pouvoir politique, à la caste protégée du système ou non. Que N.Sarkozy fasse un lapsus, cela mérite d’être relevé mais pas d’en faire une affaire d’Etat, qu’une jeune femme meure des mains d’un récidiviste libéré par avance cela devrait poser de graves problèmes aux hommes politiques (ce sont quand même eux qui détiennent le pouvoir de changer par loi, l’automaticité des remises de peine instituée par celle-ci) et notamment à nos parlementaires ; or nous assistons à l’inverse. Comment après ne pas penser qu’il y a la France d’en bas et ses problèmes dont la caste qui nous dirige (gouvernement, majorité et opposition réunis mais aussi fonctionnaires et représentants du pouvoir judiciaire) n’a que faire ? Comment ne pas comprendre les français qui font de moins en moins confiance à la Justice ? Et ne venez pas me parler de la question des moyens, c’est trop facile de rebasculer sur le terrain politique…

Le véritable risque dans l’affaire et de manière générale dans notre société, est que l’Etat perde petit à petit le monopole de la violence légitime. En effet, pendant l’épisode des menaces sur les patrons et les entreprises par les salariés licenciés (ou encore cours de l’être), cette violence avait été comprise et excusée par la violence sociale des injustices par les uns et d’autres l’avaient même justifiée, validée pour ne pas dire encouragée. Pourquoi n’en serait-il pas de même lorsqu’il s’agit d’une violence physique et non plus seulement sociale ? Si demain, le père, le frère, le fils, le mari de la défunte annonce que si le tueur sort de prison, un jour il l’abattra de ses propres mains, qui pourra ne pas lui donner raison ? Et ça, ce n’est que le début d’un engrenage qui potentiellement dangereux.

Si demain, des citoyens qui en ont marre de voir des « jeunes » comme disent les médias pour faire politiquement correct, brûler leur voiture le soir de Noël, annoncent qu’ils tireront à vue, comment ne pas comprendre et justifier cette violence, réponse à une autre violence comme cela a été fait dans le cas des ouvriers licenciés (surtout que ce sont souvent les mêmes ouvriers qui sont licenciés et qui habitent une cité où leurs voitures sont brûlées) ? Voilà comment une Justice qui cherche la petite bête (genre lapsus de Sarkozy qui montrerait un abus de pouvoir, un dérive autoritaire, une poutinisation rampante…), une Justice qui prend plus soin des droits des coupables que ceux des victimes, est en train de dégouter de l’idée de Justice une partie de la population (vous savez cette majorité silencieuse qui encaisse mais ne dit rien, jusqu’à un certain point).

Quand en plus on sait que la Justice, gangrénée politiquement par l’idéologie, à commencer par la culture de l’excuse et celle de la repentance, est toujours aussi arrogante et prête à nous renvoyer nos soi-disant fautes à la figure, transformant le coupable en victime et la victime en coupable, il ne faut pas s’étonner que le cocktail devienne explosif. Le signal sera donné lorsque la partie de la population qui décidera de ne pas subir les décisions de la Justice et que l’idée qu’une société à le droit de se défendre sera majoritaire. Il se créera alors une autre justice, à côté de la justice officielle, une justice plus expéditive et plus punitive. Alors là, Dieu seul sait où cela nous mènera…En attendant, des milices se constituent.

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6 Réponses to “Faut-il vraiment défendre cette Justice-là ?”

  1. renefoulon said

    Bravo, Lolik, pour ce « coup de gueule » et pour tes arguments, tous de bon sens.

    Si j’avais plus de temps, j’aurais sans doute traité le sujet sur mon blog (je parle du meurtre, pas du lapsus qui n’a à mes yeux que très peu d’importance). Mais je l’aurais sans doute fait moins bien que toi.

    Bravo encore, je suis d’accord avec toi à 100 %

    A bientôt

  2. echopolitique said

    Bonjour Réné,

    C’est echopolitique l’auteur de ce post, il faut rendre à César ce qui est à César (rien de grave, juste une private joke entre lolik et moi)…

    Sinon comme annoncé dans le post, la polémique médiatique est déjà passée à autre chose et le sujet de la récidive va faire l’objet d’une loi inadaptée, inapplicable et inappliquée pour amuser la galerie mais rien de bien sérieux pour régler le problème. Et dans 2 ans un autre fait divers rebouclera la boucle avec une nouvelle polémique et on se dira tous comment on a pu ne rien faire et blablabla…

  3. René said

    Navré, et pardon, pour la confusion !

    Je suis totalement d’accord avec toi sur le sujet de la récidive, qui n’est d’ailleurs pas un cas isolé : il en va de toutes les polémiques. On « pond » une mesure bidon pour calmer les esprits, et caresser les électeurs dans le sens du poil, et le soufflé retombe jursqu’à la prochaine fois…

  4. lolik11 said

    @ René
    César est bien susceptible tout d’un coup ! D’abord j’ai collaboré, la preuve c’est moi qui ai compté les années de prison effectuées ! Et puis j’étais d’accord sur tout, même que j’aurai pu l’écrire…Je me demande quelle mesure ils vont « pondre » cette fois ? Au hasard, une prime de 10000 euros par an, s’ils ne récidivent pas…:)

  5. […] point de vue lolik11 sur Faut-il vraiment défendre cett…lolik11 sur La mort de l’idée même d’…René sur Faut-il vraiment défendre […]

  6. […] voilà, une fois le soufflet médiatique tombé, le principe de réalité reprend ses droits et la droite dure cède la place à la droite molle, […]

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