Echopolitique

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Il y a un an Lehman Brothers: business worth than usual but we have Obama now

Posted by echopolitique sur 20 septembre, 2009

Voici la meilleure opération financière de la crise pour les banquiers de Wall Street...

Voici la meilleure opération financière de la crise pour les banquiers de Wall Street...

Il y a un an Lehman Brothers chutait. La faillite de la banque d’affaires centenaire de Wall Street donnait le signal qui allait mettait le système bancaire et financier au bord de l’implosion et plonger l’économie dans la crise la plus dure depuis 1929. Petit à petit, le monde d’en bas a découvert les pratiques opaques d’une partie des élites qui dirigent et décident où la mystification est appelée innovation (titrisation et mélange des titres, produits évalués par les agences de notation payées par les émetteurs de titres), où la responsabilité n’est valable que pour l’emprunteur ne remboursant pas son crédit, où la connivence avec le pouvoir n’a rien à envier aux plus beaux régimes socialistes…sans même parler des révélations sur les gouvernements qui ont soutenu et encouragé ce monde tant que cela allait dans leurs intérêts.

A la suite de cette faillite, beaucoup, et parmi les premiers à avoir péché, nous annonçaient la fin du monde ancien, la fin de la parenthèse néolibérale ouverte par l’élection de M. Thatcher en 1979 et de R. Reagan en 1980, clamant qui une moralisation du capitalisme financier et une plus grande supervision (pour ceux que nous appelleront la droite), qui un retour de l’interventionnisme, de la régulation et des théories keynésiennes (pour la gauche). On nous annonçait à renfort de promesses (et en période d’élections présidentielles, le démocrate Obama nous en a promis des choses) qu’on allait changer tout ça, qu’on mettrait fin aux agissements des « greedies » de Wall Street, qu’on ferait en sorte qu’on revienne aux fondamentaux du métier de banquiers, c’est-à-dire transformer des avoirs court-terme (les dépôts des épargnants) et en financements long-terme (les prêts) et non emprunter et bénéficier d’effets de levier pour spéculer avec l’argent de la veuve de Carpentras.

Cela fait un an, c’est-à-dire une éternité et il est temps tirer un premier bilan de cette crise et de ce qui a changé ou aurait dû changer. Et le premier constat : au cœur des salles de marché et dans le monde de la finance rien n’a changé et sur certains points c’est même pire. Derrière les beaux discours des patrons de banque qui promettent de prêter aux entreprises et aux ménages, les mêmes comportements se répètent et les mêmes logiques sont toujours en cours. La situation a même empiré sur certains points car le comportement des pouvoirs publics a permis aux banquiers de vérifier qu’ils étaient au-dessus du business normal et avaient des droits magiques, ceux de ne pas pouvoir faire faillite et de pouvoir faire éponger leurs pertes par le contribuable (à condition qu’elles soient énormes).

Pendant cette année, l’action des pouvoirs publics a été à double tranchant et il faudra un certain temps pour savoir si le bilan est positif ou non. D’un côté, c’est la première fois que s’exerce une telle coordination internationale qui a surement permis de sauver le système bancaire et plus largement d’éviter que les épargnants voient leurs économies disparaitre purement et simplement (on pourra classer cela à l’actif du bilan). Mais de l’autre côté, les pouvoirs publics ont clairement socialisé les pertes et privatisé les bénéfices, admis au fond que la responsabilité bancaire n’existait pas (car il n’y a pas possibilité de faillite généralisée) et ont mis en place les conditions de nouvelles bulles et pire, de la faillite des Etats. Ces conditions ? Baisse des taux à 0, plans de sauvetage bancaires et de l’économie mirobolants et socialisants, endettement monstrueux des états, injection de montagnes de liquidités, création monétaire par les banques centrales…

Et qu’on fait les banquiers de cela ? Ils se sont empressés, une fois le gros de la tempête passée, d’investir les liquidités retrouvées sur les marchés financiers, en bénéficiant du coût de refinancement extrêmement bas offert et du coût du risque encore plus bas pour spéculer de plus belle. Il suffit de voir les profits record des banques depuis 2 trimestres ainsi que la vertigineuse remontée des indices, du pétrole, de l’or, des matières premières depuis 6 mois pour comprendre que rien n’a véritablement changé et qu’on est retourné au « business as usual ». D’ailleurs, la volonté des banques de rembourser par avance les prêts d’Etat pour payer « normalement » les traders avec des provisions passées qui se chiffrent en milliards, montre bien que le retour aux anciennes pratiques est la volonté de tout le monde.

Pire que ça, on peut même s’interroger si les banques n’ont pas fait là une très belle opération. Car une fois la tempête passée, les banques ont 1) la certitude de ne pas pouvoir faire faillite, 2) la certitude que de trop grosses pertes seront épongées par les contribuables, 3) vu un bon nombre de concurrents disparaitre, ce qui est très bon pour leurs marges, 4) ont pu racheter certains concurrents avec des garanties étatiques incroyablement avantageuses, 5) vu le coût de l’argent, leur matière première, devenir quasi gratuit, 6) vu le coût du risque diminuer et les normes bancaires s’assouplir pour le plus grand bonheur des bilans comptables, 7) pu placer à la tête de la première puissance mondiale et première puissance financière un dirigeant qu’il leur est totalement acquis. Sacrée opération au final.

B. Obama était le champion de Wall Street pendant la campagne et il le leur rend bien désormais. Au-delà de ses beaux discours qui sont sa marque de fabrique, il est partisan de ne rien changer, de ne rien imposer réellement aux banques, de ne pas mettre un coup de pied dans la fourmilière pour remettre à plat le système et imposer un retour aux sources du libéralisme (responsabilité, règles suivies par tous, liberté de contracter et respect des contrats passés). Un des plus grands partisans du retour au business as usual soutenu par tout Wall Street et les grandes banques d’affaires qui veut changer le système ! Il n’y a que les naïfs qui y ont cru (ça va la gueule de bois n’est pas trop dure ?)

Son dernier discours et ses plans bancaires en sont la preuve. Aucune mesure réelle dans un sens ou un autre : pas de plafonnement des salaires des traders, pas de responsabilisation des banques, pas question du rétablissement du Glass-Steagal Act, ni de remise en cause du too big to fail (avec des lois anti-concentration bancaires par exemple). Les seules mesures en gestation sont une vague supervision par des agences gouvernementales. Ce qui revient à créer une nouvelle bureaucratie qui ne comprendra rien aux pratiques réelles d’un monde complexe où les gens sont payés 100 fois plus qu’eux-mêmes pour trouver des solutions pour bluffer les superviseurs (mais peut-être est-cela son plan anti-chômage, une armée mexicaine de gratte-papiers fédéraux). Avec du recul, le soutien acharné d’Obama au plan Paulson (ancien président de la banque Goldman Sach qui était aussi le plus gros contributeur de la campagne Obama de 2008 avec 700 000$) était annonciateur.

Dans l’histoire, voici le vrai hold-up : l’élection d’Obama. Il n’aurait jamais gagné si la crise n’avait pas été si dure en septembre-octobre 2008. Si la crise n’était pas devenue le sujet n°1 de la campagne, ce qui lui a permis de rallier les cols bleus initialement pro-Clinton et pas du tout hostiles au centriste McCain. Il a été élu sur le yes, we can qui visait principalement à changer les règles du capitalisme et relancer l’économie. Au final, il nous annonce triomphalement qu’il ne fera que sauver le système et ne changera rien. Alors un an après, nous pouvons dire que tout a changé pour que rien ne change…

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