Echopolitique

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Comment les banques tuent les entreprises loin des caméras et de l’Elysée

Posted by echopolitique sur 30 août, 2009

Le CAC a pris 43% depuis Mars 2009. Reprise ou retour de la spéculation avec les liquidités injectées par les plans de relance ?

Le CAC a pris 43% depuis Mars 2009. Reprise ou retour de la spéculation avec les liquidités injectées par les plans de sauvetage ?

Cette semaine, presque tous les journaux se sont félicités que le président Sarkozy ait réussi à tordre le bras des banques sur les bonus des traders. Un nouveau système de bonus-malus va être mis en place et Michel Camdessus va être chargé de vérifier la rémunération des 100 meilleurs traders de chaque établissement. Outre le fait que les banques vont trouver un moyen de contourner cela dans les jours qui viennent (comme par exemple, embaucher les traders à Londres au lieu de Paris), les rémunérations des traders ne sont pas le problème et cette gesticulation médiatique ne résoudra évidemment rien. Je vais vous raconter une petite histoire vécue dans mon entreprise, ou comment les banques sont en train de tuer les entreprises mais bien sûr, hors champ des caméras et sans que cela préoccupe notre président ni les médias.

Pour placer le contexte, mon entreprise est une filiale d’un grand groupe côté à Paris, en difficulté à cause de la crise et de la gestion passée dont le business est de fabriquer, livrer et installer des systèmes complexes technologiques pour professionnels. Pour effectuer ce business nous avons l’obligation d’émettre différents types de cautions bancaires (bid bond, performance bond, warranty bond). Pour expliquer rapidement les cautions bancaires, il s’agit en fait d’un mécanisme où l’entreprise fournisseur demande à sa banque de garantir le paiement d’une somme à l’entreprise cliente (souvent un % du contrat) en fonction de certaines conditions. C’est un mécanisme de couverture de risque pour l’acheteur sur les gros marchés. Ex : le bid bond garantit l’acheteur contre les réponses aux appels d’offre farfelues, le performance bond garantit l’acheteur contre le fait que le vendeur livre et installe des produits qui ne marchent pas in fine… Bien sur, lorsque la banque doit payer la garantie, à moins que l’entreprise fournisseur soit en faillite, elle prélève toujours les montants payés sur le compte de celle-ci. Le risque réel pour la banque est, on va dire, en l’occurrence limité, très limité…

La pratique courante est que les banques ouvrent ces garanties, obligatoires pour de nombreux marchés industriels, assez facilement contre des frais de dossier plus une commission, % du montant garantit par trimestre où la caution est active. Les frais financiers liés à ces cautions sont importants mais bien moindres que si l’entreprise devait effectivement bloquer les sommes demandées (plusieurs millions d’euros pour certains contrats).

Mais voilà, depuis le début de la crise et à cause de la situation difficile de mon entreprise (mais pas non plus catastrophique), nos banques nous demandent de faire des dépôts d’argent équivalent aux montants garantis par les cautions, c’est-à-dire que sur un contrat de 10 millions d’euros, lorsque nous devons mettre en place un performance bond de 30% du contrat, la banque nous demande de bloquer 3 millions sur un compte ouvert chez elle. Vous imaginez bien les problèmes en termes de gestion de trésorerie, surtout lorsque d’un autre côté, les mêmes banques ne nous prêtent plus d’argent. Sans parler que certaines banquent osent ne pas rémunérer ces dépôts bloqués !

Mais bon, nous faisons partie d’un gros groupe et donc du cash, on peut en trouver et cela ne serait pas trop grave encore si seulement, les banques ne nous demandaient pas aujourd’hui de déposer également l’argent pour l’ensemble des cautions précédemment ouvertes ! Et c’est là que l’on trouve des perles ! Car des appels d’offres remportés, il y en a eu un certain nombre dans le passé et certain nombre de cautions sont toujours actives très longtemps après la fin du contrat car elles n’ont pas été levées. Les procédures pour les lever (par exemple lorsque le matériel est installé et fonctionne) est complexe, surtout si la caution est mal rédigée au départ (et faites confiance à la bureaucratie bancaire pour cela). C’est bien souvent le client qui a le pouvoir réel de lever la caution en donnant son autorisation et non pas le vendeur qui en supporte le coût. Et comment fait-on lorsque le client a disparu ou ne veut pas lever la caution (car depuis nos relations se sont dégradées ou que ça l’amuse de nous faire chier ou que ça lui donne un moyen de pression sur le prochain contrat) ? On a par exemple des cautions pour le gouvernement tchécoslovaque ; pays qui n’existe plus, qui nous fait la lettre ? Le Shah d’Iran ou Nasser, on les ressuscite ? Mais là où ça devient furieux, c’est que nos banques nous demandent maintenant de faire des dépôts d’argent pour couvrir intégralement ces cautions-là. Conclusion : pour ouvrir une nouvelle caution bancaire de 50 000 €, une très grande banque française nous demande de déposer 1.7 millions pour couvrir les autres « risques », dont des vieilles cautions non-levées par le Shah d’Iran. Une autre grande banque française qui prévoyait de bien rémunérer ces traders ne veut tout simplement plus ouvrir de nouvelles garanties si nous ne déposons pas pour près de 5 millions pour garantir les cautions antérieurement ouvertes dans des pays retaillés, façon puzzle, en Europe orientale.

Pourquoi cela me direz-vous ? Tout simplement parce que dans les normes bancaires, les cautions ouvertes sont comptabilisés comme des engagements hors-bilan (au même titre que des produits financiers spéculatifs bien connus) et que depuis la crise, les régulateurs demandent aux banques de réduire ces risques hors-bilan. Et pour les banques, il est bien plus facile de faire passer au crachoir les entreprises (au risque de les couler) que de réduire les risques sur les produits financiers toxiques qui ont de fortes rentabilités pour les uns, tandis que la vente d’autres obligeraient  les banques à réaliser des pertes (pertes que la suspension de la valorisation Mark-to-Market leur permet de ne pas faire apparaitre actuellement).

Et donc au final, nous ne pouvons plus émettre de cautions, sauf à trouver des banques encore plus farfelues que celles qui exigent 100% de cash sur les vieilles cautions non levées, pour faire notre business (très profitable par ailleurs) ; donc nous perdons des marchés et les clients qui passent à la concurrence. Voilà comment les banques qui donnent 1 milliard de bonus à des traders ne veulent pas prendre le moindre risque sur les PME françaises, même adossées à des grands groupes. Et encore, ma boite a une certaine capacité en cash, j’imagine les petites PME voulant aller à l’international ou celles qui ont des difficultés de trésorerie, les banques doivent tout simplement les tuer avec de telles pratiques. Et encore, je ne connais que ce domaine, j’imagine bien que les pratiques bancaires doivent être scandaleuses dans bien d’autres…

Alors les rodomontades du président aux banques sur les bonus des traders, ça amuse la galerie des journalistes et électoralement ça peut payer auprès de la France d’en bas qui ne supporte plus de voir les predatory capitalistes se gaver (et j’en fais partie de cette France d’en bas), mais au final cela ne règle rien. On a fait des plans de sauvetage pour que les banques s’en sortent et continuent à financer l’économie ; le problème est que  les banques tuent l’économie pour financer leurs activités de marché. Elles investissement presqu’intégralement les sommes récoltées dans les plans de sauvetage sur les marchés : le CAC a pris 43% depuis mars et le pétrole est remonté à 75 dollars dès que les banques ont retrouvé des liquidités. Ne me dites pas que c’est la reprise ! Ce sont les banques qui ont relancé leurs activités de marché tout simplement…On avait demandé aux banques de réduire leur exposition au risque de marché mais elles ont dû comprendre au risque de l’économie tout court. Les banques prennent des risques sur les marchés (car les taux de rentabilité peuvent y être très élevés) mais ne prennent aucun risque sur les entreprises (car souvent ce sont des taux fixes et bas). Ce qui repose la question du Glass-Steagall Act au niveau mondial ou du moins au niveau des grands pays de l’OCDE. Et cela pose une autre question : pourquoi financer le sauvetage de banques généralistes qui agissent comme des banques d’investissement et n’en ont rien à faire de leur activité de banque de dépôt ? Qui consiste tout de même, à transformer des masses de créances court terme en créances long terme destinées à financer les investissements productifs…

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