Cette semaine, la chambre des représentants américaine a voté une loi destinée à contrer la sous-évaluation du yuan. Ce texte, qui doit, encore être voté par le Sénat puis ratifié par le Président Obama – et je ne doute pas que les tenants du libre-échangisme (FMI, OMC, UE, Wall Street…) le plus débridé vont tout faire pour essayer de torpiller (1) cette loi - ouvre la voie à la mise en place de droits de douane compensatoires (et donc d’un protectionnisme) par le Département du commerce qui a le droit de considérer que les « devises fondamentalement sous-évaluées » sont des subventions illégales aux exportations et le devoir d’agir contre elles..
Cette loi est une conséquence directe de la guerre des monnaies que se livrent les grandes puissances. Car dans notre monde où le commerce est censé avoir tout pacifié, les grandes puissances se livrent désormais à une guerre monétaire afin de bénéficier de la monnaie la plus faible possible pour doper aux exportations leur croissance au détriment des appareils industriels des autres puissances. Saluons au passage, le beau retour des théories mercantiliste en vogue sous Colbert. Et les chinois sont ceux qui y réussissent le mieux avec un taux de change fixe par rapport au dollar (2) ; l’avantage d’être une dictature dans la guerre économique moderne.
L’Amérique ne s’agite que maintenant car pendant des années, elle pouvait limiter les dégâts par un endettement des ménages pauvres, une liquidité abondante à Wall Street et un taux de change sous-évalué par rapport à l’Euro, ingrédients qui lui permettait de faire subir à l’Europe sur les produits à plus forte valeur ajoutée ce que les chinois lui faisaient payer (ainsi qu’à l’Europe) sur les produits basique . Les pays de la zone Euro (3) étant, les dindons de cette sinistre farce…
Mais cette loi est aussi une claque pour Obama qui, contrairement à ce qu’on pense en Europe n’a pas été élu parce qu’il était l’espoir d’un monde apaisé, d’un monde pacifié, d’un monde sorti de l’Histoire mais parce qu’il présentait la meilleure réponse économique à la crise imputée aux républicains et promettait aux américains moyens de leur rendre leur travail (4). Deux ans plus tard, les représentants pensent de moins en moins qu’Obama ait la moindre capacité de faire changer d’avis la Chine par la seule parole et commencent à vouloir se protéger des pratiques déloyales de la Chine qui pèsent principalement sur les ouvriers américains…les mêmes qui promettent de sanctionner durement les démocrates qui sont aux commandes sans avoir réussi à résoudre le problème du chômage depuis deux années…
Pendant ce temps-là, de ce côté-ci de l’océan, nous avons toujours une BCE sous contrôle allemand que ne préoccupe pas du tout le taux de change de l’Euro (et donc la croissance et le chômage des autres pays) et ne pense qu’aux plans de sauvetage des banques et de l’Euro (5). Si le Département du Commerce arrive à étayer cette sous-évaluation du yuan et à appliquer des sanctions douanières, la BCE se trouverait alors prise en flagrant délit d’aveuglement et contrainte d’agir sous pression politique. Pendant ce temps là, nous avons toujours une Commission Européenne qui continue de s’en prendre à ce qu’il reste de souveraineté et de spécificités des pays européens, qui poursuit son œuvre de déréglementation et d’ouverture du Marché Commun sous le dogme de la Concurrence Pure et Parfaite pour en faire le Marché Tout Court. Il est grand temps de changer d’Europe …
1 - Ils vont, comme à leur habitude, dire qu’il vaut mieux discuter avec la Chine pour qu’elle apprécie un peu plus sa monnaie (exactement ce que fait Obama depuis 2 ans sans aucun résultat). Ils vont également nous répéter que le commerce c’est bon pour tout le monde (enfin je trouve que tout le monde ressemble plus à un banquier de Wall Street, un patron de multinationale ou même à la population chinoise qu’à un ouvrier français, ces temps-ci), que la Chine a besoin des exportations pour se développer (aller donc dire cela à tous les ouvriers en Europe et aux USA qui perdent leur job). Et pour finir ils vont nous sortir l’argument massue habituel : le protectionnisme, c’est la guerre, le protectionnisme, c’est ce qui a amené Hitler au pouvoir.
2 – C’est l’avantage d’être une dictature militaire, vous pouvez toujours imposer des décisions à vos partenaires démocratiques qui n’osent plus rien faire respecter, même pas les règles du jeu du libre échange.
3- En ces temps de crise irlandaise, il serait temps de faire un bilan de l’Euro. On voit bien que les fameux PIGS sont des pays écrasés sous la botte de l’Euro alors que les pays qui redémarrent sont ceux qui n’en font pas partie : Pologne, Royaume-Uni, Suède…La seule bénéficiaire de l’Euro est l’Allemagne, mais cela est une autre histoire….
4- Il suffit de regarder les courbes des intentions de vote de la présidentielle de 2008 pour s’apercevoir que le véritable déclic dans la campagne d’Obama est la chute de Lehmann Brothers en Septembre.
5- Si la BCE ne s’occupe pas du taux de change de l’Euro, c’est que la vérité est ailleurs. La vérité est qu’un taux de change élevé permet à l’Allemagne de dépecer les industries des autres pays de la zone euro, notamment française et italienne, ses deux principaux concurrents, tout en achetant ses matières premières moins cher grâce à l’Euro fort.




La Commission demande aux agriculteurs de la filière fruits et légumes de rembourser 338 millions d’aides versées indument par l’Etat entre 1992 et 2002 aux producteurs français de fruits et légumes plus quelques 200 millions versés par les organisations professionnelles auxquels s’ajoutent des intérêts pour arriver à près de 700 millions d’euros. La Commission est-elle tombée sur la tête ? Réclamer 17 ans après les faits que les bénéficiaires desdites subventions remboursent à l’Etat, en pleine crise (en gros leur revenu a baissé de 20% en 2008) une somme qui suffirait à faire couler la moitié des entreprises…Le père Ubu ne renierait pas ces méthodes. Au nom de la sainte concurrence pure et parfaite, faire rembourser aujourd’hui, ne fera pas revivre les entreprises qui ont disparu ni ne rétablira pas une concurrence non-faussée sur le marché intérieur de l’époque mais à coup sûr entrainera à la faillite celles qui y seront astreintes. A moins que ce soit cela l’Europe, au nom d’un dogme être prêt à sacrifier les emplois actuels et les paysans français… et laisser les Etats membres gérer les situations explosives que l’absence de sens politique de la Commission engendrent car un paysan ce n’est un con(-)tribuable des classes moyennes, un paysan ça descend dans la rue, ça manifeste, ça n’a pas peur de bloquer des routes, d’affronter les gendarmes et de saccager des sous-préfectures… Et dire qu’on a voté il y a moins de 2 mois pour les députés européens en nous promettant que l’Europe s’était l’avenir de la France…